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The Haitian writer Edwidge Danticat has written a book of fiction - aimed at younger readers -  detailing the arrival of the Spanish in the [[Caribbean Sea]] from the view of the native Taíno.
 
The Haitian writer Edwidge Danticat has written a book of fiction - aimed at younger readers -  detailing the arrival of the Spanish in the [[Caribbean Sea]] from the view of the native Taíno.
 
Anacaona
 
Anacaona
Cacique Anacaona, femme aux multiples talents, s'est vu faire le sort injuste d'une renommée de samba irrémédiablement muette de ses areytos. A quoi, se demande-t-on admiratif, tient-elle cette gloire pour ainsi dire unique dans la galerie réchappée taïno? Au prestige d'un rôle, d'autant plus brillant à nos yeux qu'il ne laisse, en dépit d'exemples illustres, d'être intimement associé à un monde ordinairement donné pour l'apanage des hommes? C'est sans doute vrai. Mais, que de toutes ces femmes signalées à la même époque à la tête de caciquats (une princesse du nom d'Hyguanama, en Hyguey, par exemple), 
 
 
ne subsistent guère que de vagues noms, aujourd'hui muets et oublieux, nous contraint, tant soit peu, à faire cas également de ces facteurs de nature intrinsèque, pour ainsi dire, lesquels, pour avoir frappé d'admiration ceux qui ont eu le privilège de l'approcher se verront d'un écho sûr et durable dans les rares travaux sur sa vie. Elle est, en effet, tour à tour dépeinte par Oviedo, Herrera, le Père Merino, Moreau de Saint-Méry comme une femme de «grand esprit», «remarquable», «l'indienne la plus belle et du plus remarquable talent»,«douée d'un génie supérieur à son sexe et même à celui des peuples de l'île de Saint-Domingue». Et si l'on considère qu'à l'arrivée des Espagnols dans l'île, elle devait être, vu l'âge déjà très avancé de son aîné Behéchio, et le fait également d'une fille déjà dans le plein épanouissement de l'adolescence, loin de toute première jeunesse, l'on aura alors la juste mesure de qualités, dont on conviendra qu'elles ont dû être pour le moins considérables.
 
Née à Yaguana (actuel Léogane), capitale florissante du Xaragua, le royaume le plus prospère et le plus peuplé de l'île, Fleur d'or, l'heure venue, fut donnée en mariage à Caonabo, l'intraitable cacique de cette Maguana limitrophe où on ne retrouve pourtant que peu de traces d'un séjour d'elle. «Elle paraît avoir habité seulement par courts intervalles près de son royal époux. Par contre la Reine est signalée presque toujours présente aux côtés de son vieux frère, l'assistant dans la direction du royaume du Xaragua et exerçant déjà une autorité qui se manifeste par exemple dans sa pression pour obtenir de son frère l'adhésion du Xaragua à la révolte générale contre Guacanacaric le cacique du Marien qui avait imprudemment ouvert ses frontières au conquérant espagnol.» Quand on sait l'impuissance de l'intimidant Caonabo à obtenir cette même faveur d'un Béhéchio prédisposé, par les moyens du Xaragua à être d'un poids des plus enviable sur l'échiquier de l'île, on ne peut que s'incliner de la voir parvenir, en effet, «en y employant toutes les ressources de son adresse ingénieuse de femme, et de femme supérieure, à lui (Béhéchio) monter l'imagination et à souffler dans son cœur la haine et l'exaspération».
 
Hôtesse remarquable, elle aura en 1496 les soins de la réception enchantée de l'Adelantade Don Barthélémy, frère de Christophe Colomb. Mettant alors à profit les ressources d'un peuple reconnu des cinq caciquats comme le plus riche de traditions, et de sociabilité, «Anacaona prenait l'initiative de tout. Elle se multipliait; elle présidait aux réjouissances avec une vigilance et une bonne grâce accomplies et donnait toute espèce d'ordres. Béhéchio semblait lui avoir laissé le soin de régner à sa place». Déjà, peut-être, elle s'exerçait à la succession qu'elle assumera à la mort de son frère qui ne laissait pas d'enfant de ses trente-deux épouses.
 
Bien que n'ait été retrouvée aucune trace de ses areytos, sa célébrité de samba ne laissera de défier le temps. «De tous les sambas qui berçaient le peuple heureux de l'île en ces temps paradisiaques, le nom et la gloire d'Anacaona continueront de défier les temps. La petite reine du Xaragua demeurera le symbole de la poésie taïno. Sa rayonnante figure et l'histoire passionnante de sa vie tracent un sillon lumineux dans les brumes du passé pré-colombien» qui doit à cette «très noble personne et grande dame», comme l'appelait Las Casas, évèque contemporain de C. Colomb, «des ballades et des ballets, des poésies parlées et chantées, enrichies de pas chorégraphiques rehaussés d'une pantomime savante. Le crédit littéraire d'Anacaona rendait nationaux les areytos de son invention et tous les souverains de l'île se trouvaient tributaires de sa choréraphie. Reine de la langue, du cérémonial, des jeux et des plaisirs, elle avait fait adopter l'étiquette de sa Cour, mis à la mode ses parures, ses meubles, ses fleurs préférées.»
 
Le Xaragua, resté seul insoumis à l'arrivée d'Ovando en Ayiti en 1502, celui-ci, pour s'emparer du dernier bastion indien, eut recours à l'une des plus ignobles ruses connues de l'Histoire. S'était-il laissé conter le faste de la réception de l'Adelante? Toujours est-il qu'ayant annoncé sa visite au Xaragua, la Reine pour faire honneur à son illustre hôte, sortit une fois de plus ce cérémonial d'apparât si vanté, mobilisant pour un accueil qu'elle voulut des plus fastueux, tout ce que comptait de sujets son royaume, faisant ainsi douloureusement les frais odieux de ce génocide tristement célèbre d'Alcantara dont ne furent épargnés ni femmes, ni enfants, ni vieillards.
 
Fleur d'or fut-elle victime de ce que certains historiens considèrent comme une fascination des Espagnols, (sentiment qui ne devait pas être non plus étranger à l'envahisseur : on verra l'officier espagnol rebelle Fernand de Guevara, par exemple, payer de sa vie son idylle avec sa fille Higuenamoto)? Pouvait-elle, un instant, imaginer cet océan qui séparait le rêve indien de l'insatiable voracité espagnole? La Samba, la Reine, verra son caciquat, sa patrie, réduit en cendres
 
 
==References==
 
et elle, capturée traitreusement, enchaînée et livrée à toutes sortes d'outrages, sera traînée à Santo-Domingo où, accusée de conspiration, elle sera jugée, condamnée et pendue en 1503 
 
* Danticat, Edwidge. (2005) ''Anacaona: Golden Flower, Haiti, 1490 (The Royal Diaries)''. New York: Scholastic Inc.. ISBN 0439499062
 
  
 
==External links==
 
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Cacique Anacaona, femme aux multiples talents, s'est vu faire le sort injuste d'une renommée de samba irrémédiablement muette de ses areytos. A quoi, se demande-t-on admiratif, tient-elle cette gloire pour ainsi dire unique dans la galerie réchappée taïno? Au prestige d'un rôle, d'autant plus brillant à nos yeux qu'il ne laisse, en dépit d'exemples illustres, d'être intimement associé à un monde ordinairement donné pour l'apanage des hommes? C'est sans doute vrai. Mais, que de toutes ces femmes signalées à la même époque à la tête de caciquats (une princesse du nom d'Hyguanama, en Hyguey, par exemple), 
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ne subsistent guère que de vagues noms, aujourd'hui muets et oublieux, nous contraint, tant soit peu, à faire cas également de ces facteurs de nature intrinsèque, pour ainsi dire, lesquels, pour avoir frappé d'admiration ceux qui ont eu le privilège de l'approcher se verront d'un écho sûr et durable dans les rares travaux sur sa vie. Elle est, en effet, tour à tour dépeinte par Oviedo, Herrera, le Père Merino, Moreau de Saint-Méry comme une femme de «grand esprit», «remarquable», «l'indienne la plus belle et du plus remarquable talent»,«douée d'un génie supérieur à son sexe et même à celui des peuples de l'île de Saint-Domingue». Et si l'on considère qu'à l'arrivée des Espagnols dans l'île, elle devait être, vu l'âge déjà très avancé de son aîné Behéchio, et le fait également d'une fille déjà dans le plein épanouissement de l'adolescence, loin de toute première jeunesse, l'on aura alors la juste mesure de qualités, dont on conviendra qu'elles ont dû être pour le moins considérables.
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Née à Yaguana (actuel Léogane), capitale florissante du Xaragua, le royaume le plus prospère et le plus peuplé de l'île, Fleur d'or, l'heure venue, fut donnée en mariage à Caonabo, l'intraitable cacique de cette Maguana limitrophe où on ne retrouve pourtant que peu de traces d'un séjour d'elle. «Elle paraît avoir habité seulement par courts intervalles près de son royal époux. Par contre la Reine est signalée presque toujours présente aux côtés de son vieux frère, l'assistant dans la direction du royaume du Xaragua et exerçant déjà une autorité qui se manifeste par exemple dans sa pression pour obtenir de son frère l'adhésion du Xaragua à la révolte générale contre Guacanacaric le cacique du Marien qui avait imprudemment ouvert ses frontières au conquérant espagnol.» Quand on sait l'impuissance de l'intimidant Caonabo à obtenir cette même faveur d'un Béhéchio prédisposé, par les moyens du Xaragua à être d'un poids des plus enviable sur l'échiquier de l'île, on ne peut que s'incliner de la voir parvenir, en effet, «en y employant toutes les ressources de son adresse ingénieuse de femme, et de femme supérieure, à lui (Béhéchio) monter l'imagination et à souffler dans son cœur la haine et l'exaspération».
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Hôtesse remarquable, elle aura en 1496 les soins de la réception enchantée de l'Adelantade Don Barthélémy, frère de Christophe Colomb. Mettant alors à profit les ressources d'un peuple reconnu des cinq caciquats comme le plus riche de traditions, et de sociabilité, «Anacaona prenait l'initiative de tout. Elle se multipliait; elle présidait aux réjouissances avec une vigilance et une bonne grâce accomplies et donnait toute espèce d'ordres. Béhéchio semblait lui avoir laissé le soin de régner à sa place». Déjà, peut-être, elle s'exerçait à la succession qu'elle assumera à la mort de son frère qui ne laissait pas d'enfant de ses trente-deux épouses.
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Bien que n'ait été retrouvée aucune trace de ses areytos, sa célébrité de samba ne laissera de défier le temps. «De tous les sambas qui berçaient le peuple heureux de l'île en ces temps paradisiaques, le nom et la gloire d'Anacaona continueront de défier les temps. La petite reine du Xaragua demeurera le symbole de la poésie taïno. Sa rayonnante figure et l'histoire passionnante de sa vie tracent un sillon lumineux dans les brumes du passé pré-colombien» qui doit à cette «très noble personne et grande dame», comme l'appelait Las Casas, évèque contemporain de C. Colomb, «des ballades et des ballets, des poésies parlées et chantées, enrichies de pas chorégraphiques rehaussés d'une pantomime savante. Le crédit littéraire d'Anacaona rendait nationaux les areytos de son invention et tous les souverains de l'île se trouvaient tributaires de sa choréraphie. Reine de la langue, du cérémonial, des jeux et des plaisirs, elle avait fait adopter l'étiquette de sa Cour, mis à la mode ses parures, ses meubles, ses fleurs préférées.»
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Le Xaragua, resté seul insoumis à l'arrivée d'Ovando en Ayiti en 1502, celui-ci, pour s'emparer du dernier bastion indien, eut recours à l'une des plus ignobles ruses connues de l'Histoire. S'était-il laissé conter le faste de la réception de l'Adelante? Toujours est-il qu'ayant annoncé sa visite au Xaragua, la Reine pour faire honneur à son illustre hôte, sortit une fois de plus ce cérémonial d'apparât si vanté, mobilisant pour un accueil qu'elle voulut des plus fastueux, tout ce que comptait de sujets son royaume, faisant ainsi douloureusement les frais odieux de ce génocide tristement célèbre d'Alcantara dont ne furent épargnés ni femmes, ni enfants, ni vieillards.
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Fleur d'or fut-elle victime de ce que certains historiens considèrent comme une fascination des Espagnols, (sentiment qui ne devait pas être non plus étranger à l'envahisseur : on verra l'officier espagnol rebelle Fernand de Guevara, par exemple, payer de sa vie son idylle avec sa fille Higuenamoto)? Pouvait-elle, un instant, imaginer cet océan qui séparait le rêve indien de l'insatiable voracité espagnole? La Samba, la Reine, verra son caciquat, sa patrie, réduit en cendres et elle, capturée traitreusement, enchaînée et livrée à toutes sortes d'outrages, sera traînée à Santo-Domingo où, accusée de conspiration, elle sera jugée, condamnée et pendue en 1503

Revision as of 14:53, 30 November 2006

The island of Kiskeya and it's Taíno boundaries.
Anacaona (Arawak for Golden Flower; also Anakaona and Anakawona) (born in Yaguana - today the town of Léogâne, Haiti - 1503 Santo Domingo, Hispaniola) was a Taíno queen and the wife of Caonabo (also Kawonabo), one of the five caciques who lived on the the island of Kiskeya (also called Hispaniola) at the time of Columbus arrival in 1492. She was hailed as a composer of ballads and narrative poems, called areitos. She was the ruler of the Taíno kingdom of Xaragua, the last to fall to the Spanish colonialists. Her husband Caonabo, the ruler of the kingdom of Maguana, was deported to Spain in 1494.

In 1502 he Spanish Governor Nicolas de Ovando ordered the arrest of Anacaona, who was captured by deceit, similarily to Toussaint Louverture about 300 years later and then executed by hanging in the town of Santo Domingo in the year 1503. The survivors of the 1502 massacre at the court of Anacaona, during which she was captured, fled to the island of La Gonâve. (Arawak: Guanabo or Guanarana).

Anacaona is celebrated as one of the heroes of Haiti's struggle against colonialism and one of the many women in the fight that ultimately led to the successful Haitian Revolution and the Act of Independence in 1804.

Book by Edwidge Danticat

The Haitian writer Edwidge Danticat has written a book of fiction - aimed at younger readers - detailing the arrival of the Spanish in the Caribbean Sea from the view of the native Taíno. Anacaona

External links

  • LaConga.org: Anakaona - Article about Anacaona and her death in the massacre. [Spanish language]
  • Mémoire de Femmes: Anacaona, Fleur d'or - (French text)

Anacaona Cacique Anacaona, femme aux multiples talents, s'est vu faire le sort injuste d'une renommée de samba irrémédiablement muette de ses areytos. A quoi, se demande-t-on admiratif, tient-elle cette gloire pour ainsi dire unique dans la galerie réchappée taïno? Au prestige d'un rôle, d'autant plus brillant à nos yeux qu'il ne laisse, en dépit d'exemples illustres, d'être intimement associé à un monde ordinairement donné pour l'apanage des hommes? C'est sans doute vrai. Mais, que de toutes ces femmes signalées à la même époque à la tête de caciquats (une princesse du nom d'Hyguanama, en Hyguey, par exemple),

ne subsistent guère que de vagues noms, aujourd'hui muets et oublieux, nous contraint, tant soit peu, à faire cas également de ces facteurs de nature intrinsèque, pour ainsi dire, lesquels, pour avoir frappé d'admiration ceux qui ont eu le privilège de l'approcher se verront d'un écho sûr et durable dans les rares travaux sur sa vie. Elle est, en effet, tour à tour dépeinte par Oviedo, Herrera, le Père Merino, Moreau de Saint-Méry comme une femme de «grand esprit», «remarquable», «l'indienne la plus belle et du plus remarquable talent»,«douée d'un génie supérieur à son sexe et même à celui des peuples de l'île de Saint-Domingue». Et si l'on considère qu'à l'arrivée des Espagnols dans l'île, elle devait être, vu l'âge déjà très avancé de son aîné Behéchio, et le fait également d'une fille déjà dans le plein épanouissement de l'adolescence, loin de toute première jeunesse, l'on aura alors la juste mesure de qualités, dont on conviendra qu'elles ont dû être pour le moins considérables. Née à Yaguana (actuel Léogane), capitale florissante du Xaragua, le royaume le plus prospère et le plus peuplé de l'île, Fleur d'or, l'heure venue, fut donnée en mariage à Caonabo, l'intraitable cacique de cette Maguana limitrophe où on ne retrouve pourtant que peu de traces d'un séjour d'elle. «Elle paraît avoir habité seulement par courts intervalles près de son royal époux. Par contre la Reine est signalée presque toujours présente aux côtés de son vieux frère, l'assistant dans la direction du royaume du Xaragua et exerçant déjà une autorité qui se manifeste par exemple dans sa pression pour obtenir de son frère l'adhésion du Xaragua à la révolte générale contre Guacanacaric le cacique du Marien qui avait imprudemment ouvert ses frontières au conquérant espagnol.» Quand on sait l'impuissance de l'intimidant Caonabo à obtenir cette même faveur d'un Béhéchio prédisposé, par les moyens du Xaragua à être d'un poids des plus enviable sur l'échiquier de l'île, on ne peut que s'incliner de la voir parvenir, en effet, «en y employant toutes les ressources de son adresse ingénieuse de femme, et de femme supérieure, à lui (Béhéchio) monter l'imagination et à souffler dans son cœur la haine et l'exaspération». Hôtesse remarquable, elle aura en 1496 les soins de la réception enchantée de l'Adelantade Don Barthélémy, frère de Christophe Colomb. Mettant alors à profit les ressources d'un peuple reconnu des cinq caciquats comme le plus riche de traditions, et de sociabilité, «Anacaona prenait l'initiative de tout. Elle se multipliait; elle présidait aux réjouissances avec une vigilance et une bonne grâce accomplies et donnait toute espèce d'ordres. Béhéchio semblait lui avoir laissé le soin de régner à sa place». Déjà, peut-être, elle s'exerçait à la succession qu'elle assumera à la mort de son frère qui ne laissait pas d'enfant de ses trente-deux épouses. Bien que n'ait été retrouvée aucune trace de ses areytos, sa célébrité de samba ne laissera de défier le temps. «De tous les sambas qui berçaient le peuple heureux de l'île en ces temps paradisiaques, le nom et la gloire d'Anacaona continueront de défier les temps. La petite reine du Xaragua demeurera le symbole de la poésie taïno. Sa rayonnante figure et l'histoire passionnante de sa vie tracent un sillon lumineux dans les brumes du passé pré-colombien» qui doit à cette «très noble personne et grande dame», comme l'appelait Las Casas, évèque contemporain de C. Colomb, «des ballades et des ballets, des poésies parlées et chantées, enrichies de pas chorégraphiques rehaussés d'une pantomime savante. Le crédit littéraire d'Anacaona rendait nationaux les areytos de son invention et tous les souverains de l'île se trouvaient tributaires de sa choréraphie. Reine de la langue, du cérémonial, des jeux et des plaisirs, elle avait fait adopter l'étiquette de sa Cour, mis à la mode ses parures, ses meubles, ses fleurs préférées.» Le Xaragua, resté seul insoumis à l'arrivée d'Ovando en Ayiti en 1502, celui-ci, pour s'emparer du dernier bastion indien, eut recours à l'une des plus ignobles ruses connues de l'Histoire. S'était-il laissé conter le faste de la réception de l'Adelante? Toujours est-il qu'ayant annoncé sa visite au Xaragua, la Reine pour faire honneur à son illustre hôte, sortit une fois de plus ce cérémonial d'apparât si vanté, mobilisant pour un accueil qu'elle voulut des plus fastueux, tout ce que comptait de sujets son royaume, faisant ainsi douloureusement les frais odieux de ce génocide tristement célèbre d'Alcantara dont ne furent épargnés ni femmes, ni enfants, ni vieillards. Fleur d'or fut-elle victime de ce que certains historiens considèrent comme une fascination des Espagnols, (sentiment qui ne devait pas être non plus étranger à l'envahisseur : on verra l'officier espagnol rebelle Fernand de Guevara, par exemple, payer de sa vie son idylle avec sa fille Higuenamoto)? Pouvait-elle, un instant, imaginer cet océan qui séparait le rêve indien de l'insatiable voracité espagnole? La Samba, la Reine, verra son caciquat, sa patrie, réduit en cendres et elle, capturée traitreusement, enchaînée et livrée à toutes sortes d'outrages, sera traînée à Santo-Domingo où, accusée de conspiration, elle sera jugée, condamnée et pendue en 1503